Le marché repart pour les développeurs, mais pas pour les codeurs

6 min
6
0
0
Publié le

« J’ai une quinzaine d’années d’expérience en dev mobile […] il n’y a quasiment pas grand-chose. » Dans le chat du live Free-Work, Hedi raconte une rentrée loin des discours sur la reprise.

Le marché, en septembre, envoie un signal. Si l’on a trop dépensé au premier semestre ou que les résultats ne sont pas bons, il y aura des fins de mission. Si les résultats sont bons, il y aura des créations de postes. Depuis quelques années, ce signal n’était pas positif. Quand le marché a repris avec une bonne dynamique début septembre, les commerciaux ont partagé leur soulagement sur LinkedIn.

Ce dont témoigne Hedi reste réel. Le marché n’est pas reparti pour tout le monde. Même pour les développeurs qui étaient autrefois au sommet des préoccupations dans le recrutement IT, le marché est mitigé. Certains profils sont sursollicités. D’autres font une traversée du désert.

Pour décrypter ce marché, on a invité trois experts lors d’un webinaire sur LinkedIn. Valériane Venance, Pierre Gromadaet Gaël Paquereau ont répondu aux commentaires de plus d’un millier de participants. Cet article résume la conversation.


Après avoir animé l’échange, j’en tire une conclusion claire. L’IA a changé notre métier. Il y a un an, on devait se cacher pour utiliser ChatGPT. Aujourd’hui, on nous demande de ne plus coder, et ne pas avoir d’opinion sur Fable 5 peut nous disqualifier au premier entretien. 

Cet échange nous donne les premiers éléments de réponse à une question essentielle : qu’est-ce qu’on attendra des développeurs en 2027 ?

Les entreprises cherchent des gens qui comprennent ce qu’il faut construire

La première frontière qui semble être remise en question, c’est celle entre le développeur et l’utilisateur. Vous avez peut-être aujourd’hui un PO (Product Owner), un Product Manager ou un système de tickets Jira.

Si hier on pouvait renvoyer un ticket au PO pour lui demander de le préciser, aujourd’hui ce n’est plus possible. On attend des développeurs qu’ils comprennent les enjeux utilisateurs et business.
Pierre recrute pour tous types de métiers au Luxembourg et a vu les profils IT évoluer très vite : « C’est-à-dire que c’est évidemment de continuer à maîtriser ces compétences techniques dont on a parlé, mais de maîtriser aussi la partie business et utilisateur. »

On peut parler d’un nouveau métier tendance, le Forward Deployed Engineer. Valériane, qui recrute pour des clients start-up chez HireSweet, insiste sur la capacité à être en relation directe avec le client et à « pouvoir se mettre […] dans les chaussures de l’utilisateur. »

Le développeur qui enchaîne les tickets doit aussi échanger directement avec le client et les utilisateurs. Il faut apprendre à poser des questions, et dès le premier entretien. Gaël généralise : « Il faudra toujours du monde pour faire ce lien entre la technique opérationnelle et le côté plus commercial ».

Benjamin Desjours, dans le public, partage cette intuition : « J’ai l’impression que pour les entretiens techniques justement c’est à nous de questionner l’entreprise sur sa vision de l’utilisation IA pour filtrer nous aussi. »

Produire du code devient plus facile. Construire un système solide reste un métier

Ce n’est pas parce que Codex peut coder à votre place que vos compétences techniques passent au second plan. Bien au contraire. Valériane insiste : « Le fait de savoir […] architecturer, orchestrer, […] avoir toute cette vision, c’est ça qui va vraiment faire la grosse différence aujourd’hui. » Elle ajoute : « Aujourd’hui, les compétences d’ingénierie technique ont de plus en plus de valeur. »

Il y a dix ans, quand j’ai lancé ma précédente société, on a mis un an avant d’atteindre les 30 000 lignes de code. On a trouvé que c’était dur de les gérer à deux développeurs. Aujourd’hui, mon agent en a produit 60 000 dans la nuit, en autonomie.
Sans mon expérience pour prendre de bonnes décisions, j’aurais consommé bien plus de tokens pour corriger les erreurs du premier run.

Pierre complète : « Les métiers du produit, les métiers de la data et les métiers de l’IA doivent apprendre à prompter et c’est une compétence qu’ils doivent développer et pas un métier à part entière. » Demain, les gens du produit ne vont pas juste nous envoyer un ticket, ils vont nous envoyer une PR (pull request, une proposition de modification du code) que leur agent aura codée pour eux. Et si notre logiciel est fragile, leur agent va arriver comme un chien dans un jeu de quilles.

Dans les commentaires, Ba ironise, à raison : « 3 jours pour devs, 3 mois pour test et debug 😄 »

Le revers de la médaille ? Les TJM jouent au yo-yo et les exigences des fiches de poste augmentent. Gaël le constate : « On va demander plus à une même personne […] on a un peu moins de budget et maintenant tu as les outils d’automatisation qui peuvent te permettre ça. »

Les devs qui utilisent l’IA sont-ils mieux payés ?

Robert Die se présente dans les commentaires comme acheteur IT freelance travaillant essentiellement pour le CAC 40. Il décrit les demandes de ses clients : « En gros, on veut 20 à 30 % de productivité supplémentaire sinon on baisse de 30 % le TJM ».

C’est très loin de ce dont on rêvait. Gaël observe toutefois, chez ses clients, des demandes pour des profils capables d’accompagner la mise en œuvre de l’IA. Il résume leur besoin : « L’IA, on sait que ça va nous être utile dans notre métier, mais comment on met en place concrètement ? »

Valériane confirme que les clients sont plus exigeants : « Un très fort niveau d’ownership, de séniorité et un niveau d’exigence personnelle technique des candidats hyper fort. »

Pierre explique également que le marché détermine les TJM. Les grands comptes peuvent être des océans d’opportunités, mais pas forcément les comptes les plus rémunérateurs : « Tu vas aller chercher un projet intéressant, une grande organisation, un super nom pour ton CV, une longévité de mission peut-être, mais tel que la machine est construite, ce n’est pas là que tu vas chercher des bons TJM. »

Est-ce que c’est le moment de changer de métier ?

Avant de conclure cet article, une ouverture pour pousser la réflexion plus loin.

Pendant la préparation, j’ai demandé à Pierre ce qu’il recommande à un dev qui cherche du travail sans en trouver : « Change de métier, fais du produit ou de la chefferie de projet. »

C’est assez logique. Si l’on attend de nous que nous gérions la relation client ou des projets informatiques seuls avec des agents, pourquoi ne pas postuler directement à des postes de chef de projet ?

Cette année, la data a recruté. Et la cyber résiste à la crise. Dans ces métiers, vous aurez l’occasion de développer de nouvelles compétences techniques ou bien de valoriser votre expérience passée. Valériane nuance cet enthousiasme pour la data : pour les postes d’analyste, elle recherche des profils expérimentés. Elle précise : « Pour les analystes, […] je n’ai pas du tout de poste junior, je vais avoir que des postes assez confirmés. »

Gaël conclut sur une note optimiste : « Essayez de faire quelque chose que vous aimez et vous serez bon là-dedans. »

Le marché a encore le temps d’évoluer d’ici janvier. Et personne n’aurait parié sur une reprise au mois de septembre. Vous avez donc le temps d’expérimenter, de réfléchir et d’explorer.

Vous pouvez retrouver le replay de ce webinaire sur YouTube ou nous rejoindre pour le prochain live.
On réfléchira à l’impact de l’IA sur la cybersécurité. Faut-il avoir peur de Mythos ? Le code produit par Claude est-il plus ou moins sûr que celui écrit par un humain ? Les hackers vont-ils profiter de la faiblesse des systèmes ou bien de celle des humains ?

Boostez vos projets IT

Les meilleures missions et offres d’emploi sont chez Free-Work

Continuez votre lecture autour des sujets :

Commentaire

Au service des talents IT

Free-Work est une plateforme qui s'adresse à tous les professionnels des métiers de l'informatique.

Ses contenus et son jobboard IT sont mis à disposition 100% gratuitement pour les indépendants et les salariés du secteur.

Free-workers
Ressources
A propos
Espace recruteurs
2026 © Free-Work / AGSI SAS
Suivez-nous