Interview de Delphine Balle : le parcours d’une femme dans la tech

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Free-Work a eu le plaisir de rencontrer Delphine Balle, Design & Innovation Manager, qui travaille dans le secteur IT depuis les débuts d’Internet en France. Elle nous livre un témoignage très intéressant sur la place que peuvent et doivent prendre les femmes dans la tech.

Pouvez-vous nous parler de votre parcours professionnel ?

J’ai suivi des études en sciences de l’information, terminées en 1995. J’ai donc commencé ma vie professionnelle avec l’arrivée d’Internet en France.

A l’époque, découvrir Internet, c'était comme découvrir un trésor extraordinaire avec plein de nouveaux contenus à explorer, des informations, du savoir, provenant du monde entier, accessible derrière un clic. C’est ce qui m'a séduit dès le départ. Mon parcours s’est fait en même temps que la montée d’Internet : j’ai commencé comme intégratrice HTML, puis je suis passée naturellement à la gestion de projet web.

Au début, il n’y avait pas de méthodes de conception de projets, on apprenait en marchant. Puis l'UX (User Experience) est arrivé, avec ses outils, ses méthodologies. Le travail en mode collaboratif est devenu indispensable.

J’ai commencé chez ImagiNet, un des premiers fournisseurs d’accès à Internet, puis chez Lagardère en tant que salariée. Ensuite, j’ai continué pendant dix ans en freelance, navigant au sein de collectifs de créatifs, puis trois nouvelles années de salariat, pour apporter le digital dans une agence de CRM (Customer Relationship Management).

De retour en freelance, j'ai privilégié la conception par rapport à la production. J’ai imaginé des plateformes pour distribuer des contenus (pour Universal ou Arte Concerts), des services communautaires (Skyrock.com ou Génération Responsable).

En 2018, j’ai rejoint Infopro Digital , un groupe média B2B (Business to Business) où j'ai monté successivement les départements de design, de CRO (Conversion Rate Optimization) et d'innovation au sein de la DSI (Direction des Systèmes d’Information) du groupe. Depuis trois mois, je suis de nouveau en indépendante pour réexplorer de nouvelles voies.

 

Aujourd’hui, quel est votre métier ?

Mon métier est de faire émerger l’innovation, d'imaginer de nouveaux services digitaux, soit au sein de DSI, soit au service des directions métiers qui veulent valoriser leurs contenus et leurs datas. Les entreprises possèdent des trésors de données. A partir de là, mon job est de faire naître l’innovation en valorisant ces données.

 

Pensez-vous que les femmes ont une approche différente des hommes dans la tech ?

Depuis l’école, j’ai travaillé avec beaucoup des profils masculins. Quand j'initie des projets au sein des équipes IT (chez Mappy ou à la DSI d'Infopro par exemple), je rencontre plus d'hommes. Lorsque le projet met l'accent sur l'expérience utilisateur, le design, la part des femmes augmente. L’UX est associé au design. Le design est associé à la communication. Il y a encore aujourd'hui plus de femmes dans l’UX design que de femmes dans l’IT.

Autrefois, les projets IT étaient moins complexes. Aujourd’hui, la taille des projets, leurs enjeux, le nombre d'intervenants en font un travail collectif par excellence. Le mythe du concepteur solitaire est dépassé. Les femmes dans l’IT sont davantage dans l'écoute que les hommes, elles privilégient les pratiques qui favorisent l’écoute de toutes les parties prenantes.

 

« Les femmes ont amené cette ouverture d’esprit et cette capacité d’écoute et de dialogue qui font avancer les projets digitaux dans le bon sens. » 

Delphine Balle

A contrario, quand on travaille sur des projets stratégiques et complexes, où on a besoin de l’aval d'une direction pour obtenir des ressources suffisantes, ou sur des projets qui nécessitent une forte conduite du changement, par exemple, il faut pouvoir être épaulé. Dans ce cas, les hommes obtiennent davantage l’oreille de la direction. Je constate une frilosité des femmes à aller chercher ce soutien. Il y a encore un manque de confiance envers les femmes de la part du top management pour gérer ce type de gros projets. D'autant plus que celles-ci ne récupèrent pas toujours les lauriers de leur travail.

Avez-vous rencontré des difficultés ou des préjugés en tant que femme dans la tech ?

De manière globale, non, je n’ai pas rencontré de difficultés particulières. Disons que je ne m’en suis pas souciée. En termes de management, ça s’est toujours bien passé.

Parfois, je suis arrivée dans des milieux qui n’étaient pas acquis. Il fallait réussir à convaincre, surtout que je ne suis pas issue d’une formation d’ingénieur ou de management. Quand les femmes montrent leurs compétences, il n’y a pas de problème de leadership.

J’ai rencontré mes limites lorsque, parfois, il a fallu aller parler avec les instances du conseil d’administration dans des grandes entreprises. Tout l’aspect business n’est pas entre les mains des femmes, enfin trop peu...

Dans l'IT, le self made man est valorisé contrairement au self made woman. On a l’image d’hommes qui montent des business high-tech dans leur garage. Nous n’avons pas de tels mythes féminins dans la tech. Certaines femmes sont pourtant très inspirantes pour leur parcours, je pourrais citer Catherine Barba (e-commerce), Fanny Picard (finance équitable) ou Alice Barbe (entrepreneuse sociale) qui sont de véritables rôles modèles pour moi.

On évoque souvent un plafond de verre pour les femmes dans l’IT. Ce serait intéressant d’analyser à quel moment ça coince pour finalement dépasser ce plafond.

A votre avis, pourquoi les femmes ne se dirigent-elles pas vers les métiers du numérique ?

Il y a deux raisons selon moi :

·        L’image du numérique n’est pas bonne. On croit à tort qu'il s'agit uniquement de métiers informatiques.

·        Les imaginaires collectifs. Il y a peu de rôles modèles, de personnages féminins qui font rêver les femmes.

On occulte aussi les aspects scientifiques, éthiques ou d'usages du métier qui disparaissent au profit du codage informatique. Alors qu’il y a beaucoup de métiers intéressants ! Par exemple, en UX, on fait beaucoup de sciences humaines quand on étudie le comportement des internautes ou quand on analyse les données.

 

Qu’avez-vous envie de dire à une femme qui hésiterait à se diriger vers un métier de la tech ?

Il faut aller explorer car il y a une grande panoplie de métiers IT exercés par des femmes .

Personnellement, je suis arrivée dans ce métier avec une démarche quasi-journalistique, anthropologique pour voir comment les utilisateurs s'appropriaient ces nouvelles technologies. Ce qui est important, c’est l’utilisation qui est faite de la technologie, c’est le service qu’on apporte aux usagers. De plus, le code à proprement parler, a moins d’importance aujourd’hui, avec l'apparition du no code ou des briques logicielles déjà disponibles.

Il y a des besoins de transformation des usages pour aller vers des enjeux plus éthiques, socialement responsables, des enjeux environnementaux. Le terrain de jeu est incroyable ! Il ne faut pas avoir peur d’y aller et d'accompagner ces changements. Le monde de la tech a besoin des femmes pour créer des services plus inclusifs et qui parlent à toutes les populations.

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