RSSI, IA, reconversion : les 4 signaux à retenir des Assises de la cybersécurité 2026

Du 7 au 10 octobre 2026, le Grimaldi Forum de Monaco a accueilli la 26e édition des Assises de la cybersécurité, le rendez-vous annuel des RSSI et des décideurs cyber des grandes organisations. Le thème retenu, « Osons ! », visait d'abord la place de la cybersécurité dans les décisions stratégiques. Pourtant, l'une des trois priorités affichées par les organisateurs concerne directement votre carrière : remettre l'humain au centre, en développant les compétences, en accompagnant les talents et en renforçant le dialogue avec les métiers.
Salarié, freelance ou en reconversion vers la cyber, voici les quatre signaux à retenir du programme de Monaco, et ce que vous pouvez en faire.
1. Le RSSI devient un décideur, et le marché des postes se recompose
Présidée à titre honoraire par Fabrice Bru, président du CESIN (le club des experts de la sécurité de l'information et du numérique), cette édition voulait faire du RSSI un acteur plus présent dans les arbitrages stratégiques, sans perdre le contact avec l'opérationnel. Ce glissement se mesure déjà dans les chiffres. D'après les Instantanés du CESIN, une série de mini-sondages menés au premier semestre 2026 auprès de ses membres, seuls 24 % des 162 répondants jugent les opportunités de postes de RSSI aussi nombreuses qu'avant, soit 17 points de moins qu'en 2024. Dans le même temps, 31 % envisagent de basculer vers le conseil, faute de pouvoir agir concrètement en interne, une part en hausse de 16 points.
Côté salariés, la fonction de RSSI demande désormais de hiérarchiser et d'arbitrer vite, sur des sujets qui touchent les métiers, les directions et les fournisseurs. Côté freelances, l'arrivée de RSSI expérimentés sur le marché du conseil laisse prévoir une offre plus concurrentielle : mieux vaut se spécialiser. Les chantiers réglementaires en donnent un bon exemple, et nous avons détaillé les postes cyber ouverts par NIS2 et DORA, de la gestion du risque tiers au RSSI de transition.
2. L'IA agentique redessine les compétences cyber
L'intelligence artificielle a occupé une large part du programme, avec une insistance nouvelle sur les agents autonomes. Une table ronde du 7 octobre posait la question de la place de l'humain dans des opérations cyber menées à la vitesse de la machine, avec les responsables sécurité de Salesforce France, de La Française des Jeux et de Mistral AI. Le 9 octobre, une session intitulée « L'humain augmenté » partait d'un constat assumé : l'IA redéfinit les métiers de la cybersécurité eux-mêmes, avec de nouveaux modes de travail, l'automatisation de tâches et des arbitrages en temps réel.
Le Prix de l'Innovation 2026 va dans le même sens : il récompense Giskard, dont la plateforme teste les agents d'IA pour en repérer les vulnérabilités avant leur mise en service.
Concrètement, trois familles de compétences gagnent en valeur : la gestion des identités et des accès (un agent agit sous une identité, avec des droits à encadrer), la détection et la réponse à incident assistées par l'IA, et la capacité à évaluer un modèle ou un agent avant son déploiement. Les organisations ont encore du chemin à faire : selon le CESIN, 27 % des répondants n'ont défini aucune règle d'usage de l'IA générative, et seuls 18 % disposent d'une politique dédiée aux développeurs. Notre article sur les compétences et métiers qui vont façonner la cybersécurité revient sur cette double compétence cyber et IA.
3. Les profils atypiques ont une vraie carte à jouer
Autre message de Monaco : la filière doit élargir son vivier. Dans une tribune publiée en septembre par S&D Magazine, Fabrice Bru rangeait les talents parmi les principaux atouts européens, avec un système académique solide complété par une génération d'autodidactes qu'il juge très inventifs. La table ronde du CESIN du 9 octobre, « Osons changer de logiciel ! », plaçait d'ailleurs l'investissement dans les compétences parmi ses trois leviers, aux côtés de la technique et de la coopération.
Les Assises animent aussi l'Académie des Assises, un programme destiné à démythifier les métiers cyber, à montrer qu'ils ne se limitent pas aux compétences techniques et à attirer des publics sous-représentés (femmes, jeunes, personnes issues de milieux défavorisés). L'APEC figure parmi ses partenaires.
Les données de l'ANSSI confirment que ces parcours existent déjà. Selon l'Observatoire des métiers de la cybersécurité (enquête 2025), la cybersécurité ne constitue pas le domaine d'origine de la moitié des professionnels interrogés : 40 % ont d'abord exercé dans l'informatique ou le numérique, 12 % dans un autre secteur. Un administrateur systèmes, un développeur ou un chef de projet IT dispose donc souvent d'une base solide pour basculer. Une certification d'entrée telle que l'ISC2 Certified in Cybersecurity aide à baliser cette transition, à condition de l'adosser à des projets concrets.
4. La demande reste forte, mais plus sélective
Les tensions de recrutement demeurent. L'Observatoire de l'ANSSI a recensé plus de 23 000 offres d'emploi en cybersécurité entre juin 2023 et juin 2024, avec une hausse de 49 % du volume d'offres entre 2019 et 2024 et une large majorité de CDI. Le niveau d'exigence reste élevé : 40 % des offres demandent un Bac+5. Sur notre jobboard, nous comptions 262 offres et missions en cybersécurité à mi-octobre 2026.
Le contexte budgétaire pèse toutefois. Le « Grand Entretien », nouveauté de cette édition consacrée au témoignage d'EDF, s'intitulait « Faire plus avec moins : la nouvelle équation de la cybersécurité ». Les entreprises recrutent, mais elles cherchent des profils capables de hiérarchiser les risques et de faire des choix éclairés. Notre décryptage des experts cyber et cloud les plus recherchés en 2026 passe en revue ces profils, du SOC à l'IAM en passant par le pentest.
Voici ce que vous pouvez faire dès maintenant
Vous êtes salarié en cybersécurité ? Travaillez votre capacité à expliquer un risque à une direction métier et à défendre une priorité budgétaire. Le programme des Assises 2026 le montrait clairement : le RSSI de demain arbitre autant qu'il protège.
Vous êtes freelance ? Positionnez-vous sur des chantiers précis (conformité NIS2 ou DORA, risque tiers, sécurité des agents d'IA) plutôt que sur une offre généraliste de conseil, un terrain qui risque de se densifier.
Vous visez une reconversion ? Appuyez-vous sur votre expérience IT, ajoutez une certification d'entrée et documentez un ou deux projets : un lab personnel, un challenge CTF, une analyse de risques menée de bout en bout. Pour repérer les postes ouverts, créez une alerte sur nos offres et missions en cybersécurité.
Le programme des Assises de la cybersécurité 2026 confirme une tendance de fond : la cyber recrute toujours, mais elle attend des profils qui savent arbitrer, travailler avec l'IA et dialoguer avec les métiers. Le moment se prête aux pas de côté, vers le conseil spécialisé, la sécurité de l'IA ou la cyber depuis un autre métier de l'informatique.
FAQ
À quelles dates se sont tenues les Assises de la cybersécurité 2026 ?
La 26e édition s'est déroulée du 7 au 10 octobre 2026 au Grimaldi Forum de Monaco, sur le thème « Osons ! ». L'événement réunit sur invitation des RSSI, DSI et décideurs cyber de grandes organisations, ainsi que des fournisseurs de solutions.
Quelle place l'emploi et les compétences occupaient-ils dans le programme ?
Une place centrale : remettre l'humain au centre figurait parmi les trois priorités de l'édition, avec le développement des compétences, l'accompagnement des talents et le dialogue avec les métiers. Plusieurs tables rondes portaient sur l'évolution des métiers face à l'IA et sur l'investissement dans les compétences.
Le métier de RSSI recrute-t-il encore ?
Oui, mais le marché se resserre sur ce poste précis. Selon les Instantanés du CESIN, 24 % des répondants jugent les opportunités aussi nombreuses qu'avant, contre 41 % en 2024, et 31 % envisagent de passer au conseil. Les profils capables d'arbitrer et de convaincre une direction restent les mieux placés.
Est-il possible de se reconvertir dans la cybersécurité sans diplôme spécialisé ?
Oui. D'après l'Observatoire des métiers de l'ANSSI, la moitié des professionnels de la cyber viennent d'un autre domaine, le plus souvent de l'informatique. Le niveau d'exigence reste élevé (40 % des offres demandent un Bac+5) : une expérience IT, une certification d'entrée et des projets documentés renforcent nettement un dossier.
Quelles compétences cyber gagnent en valeur avec l'IA agentique ?
La gestion des identités et des accès, la détection et la réponse à incident assistées par l'IA, l'évaluation de la sécurité des modèles et des agents, et la gouvernance des usages de l'IA. Ces compétences répondent à des besoins concrets, puisque de nombreuses organisations n'ont pas encore encadré l'usage de l'IA générative.
Sources :
Les Assises de la cybersécurité, communiqué sur le thème de l'édition 2026 « Osons ! »
Les Assises de la cybersécurité, programme des tables rondes 2026
Les Assises de la cybersécurité, conférences et keynotes 2026
Les Assises de la cybersécurité, Prix de l'Innovation 2026
Les Assises de la cybersécurité, L'Académie des Assises
Solutions Numériques, RSSI sommés d'arbitrer sur tous les fronts : les Instantanés du CESIN (16 septembre 2026)
S&D Magazine, Osons, notre moment est venu, tribune de Fabrice Bru (21 septembre 2026)
ANSSI, Publication de la 4e édition de l'Observatoire des métiers 2025





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